patrimoine

Couteau damasquiné du XIVe siècle

CASTRUM D'ORGUEIL

Il était une fois le castrum d'Orgueil...

Ce site exceptionnel, rare témoin de la vie médiévale, fut sorti de l'oubli par Mr Klodzinski, professeur d'histoire géographie, archéologue amateur. De ses années de recherches et de fouilles, voici ce qu'il mit à jour.

Cette cité fortifiée dont l'existence remonterait vraisemblablement au haut Moyen-âge a été érigée sur l'ensemble du versant d'une colline escarpée ceinte par le plateau maurouxois qui la domine. D'une superficie de 6 à 7 hectares, bâtie sur un terrain à très forte déclivité, château, bourg et faubourgs se déployaient tour à tour du haut du piton rocheux aux eaux tumultueuses du Lot.

 

Déserté  par ses habitants (aux alentours de 1360), ce castrum (agglomération fortifiée) restât cependant toujours dans les mémoires comme en témoigne, au XVIIIe siècle la carte de Cassini et au XIXe siècle le plan cadastral de Mauroux, qui en font mention tantôt comme " port d'Orgueil " tantôt comme " ruines de la ville d'Orgueil ".

 

Dès 1970 des fouilles entreprises dans le cours de la rivière ressuscitent physiquement un pan de son histoire. 
Mais c'est à partir de 1982, qu'Orgueil redécouverte par des fouilles de sauvetage révèlera aux yeux de tous une partie de ses secrets.

 

Malheureusement ce site médiéval unique n'a pu être exhumé plus avant, suite aux nombreuses complications et obstacles administratifs rencontrés.

 

Depuis 1987, privé de toute investigation, Orgueil s'en est retourné dans son silence, enseveli maintenant sous pierraille et végétation dense. Contrairement au château de " la belle au bois dormant ", le temps fait ici son œuvre, risquant de garder à jamais enfouis les secrets de cette belle endormie. Des recherches menées sur ce site, voici ce qu'Orgueil nous révèle.

Escalier et passage voûté du Château d'Orgueil.

Le contexte historique

Le château qui domine l'ensemble du site semble avoir été édifié entre le IXème et le XIIème siècle.

A cette époque notre région est frappée par de nombreux troubles : luttes féodales, invasions sarrasines, vikings et hongroises. Mais c'est aussi une période (X-XIe siècle) marquée par d'importantes évolutions dans l'habitat, les voies de communication, l'organisation de la société et le développement du monde paysan.

 

C'est alors qu'on assiste à l'agrandissement du réseau routier et à la création d'agglomérations souvent autour d'un château ou d'une église à même d'assurer la sécurité de ses citoyens.

 

La condition de serf n'existe pratiquement plus. La terre est allouée au paysan moyennant redevances en nature, en travail et en argent. Entre le XIIème et le XIIIème siècle les populations s'organisent pour faire respecter leurs droits face aux seigneurs, apparaît alors le principe des coutumes. Des textes faisant force de loi qui établissaient les droits et les devoirs des seigneurs et des villageois les uns envers les autres.

 

Entre le XIIIeme et le XIVeme siècle l'Eglise et la couronne de France s'opposent aux Cathares, ensuite sévit la Guerre de cent ans (de 1337 à 1453) opposant le royaume de France à celui d'Angleterre. Le Quercy situé aux limites des deux royaumes a été particulièrement touché. Orgueil tout spécialement puisque c'est son engagement aux côtés de l'Angleterre qui précipita à jamais cette cité dans l'oubli : les seigneurs d'Orgueil étaient des partisans actifs de leur duc, roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine.

Vue du site d'Orgueil

Payssière d'Orgueil

Fouilles de 1970

 

A cette date M. Klodzinski et le groupe de spéléologie de Fumel découvre les traces indubitables de constructions destinées à aménager le cours de la rivière.

 

Aux abords d'un ancien moulin deux alignements de trous carrés creusés dans les dalles de son lit, révèlent l'existence d'un imposant barrage de bois. Bâti à priori au début du XIIIe siècle, il semble que la " payssière " (barrage de bois) ne survécut cependant pas à la période médiévale comme en témoigne quelques textes. En régulant le cours de l'eau, cette " payssière " servait d'écluse pour le passage des bateaux, elle permettait l'alimentation en eau du moulin et éventuellement aurait-elle pu servir de support à l'établissement de pêcheries.

 

Si de tels ouvrages étaient encore rares à cette époque sur le Lot, leur essor permettra un plus grand contrôle des échanges ainsi que le développement du commerce. Le Lot était la grande voie de circulation d'est en ouest, du Quercy aux hauts plateaux du Massif Central, de l'Aquitaine au pays Bordelais, elle était ainsi une route stratégique pour les envahisseurs mais aussi une artère vitale pour l'échange de marchandises et de biens. 
Le site d'Orgueil a dû jouir pleinement de cet avantage, en établissant des péages qui auraient pu être une source de fort enrichissement pour la cité.

Poterie à bec
Salière d'étain et de plomb

Fouilles de 1982 à 1986 

Suite à des travaux d'adduction d'eau qui en 1981 détruisirent de nombreuses constructions en pierre bâties sur la partie basse du village médiéval, M. Klodzinski organise des fouilles de sauvetage après aval de la Direction des Antiquités Historiques de Midi-Pyrénnées.

 

Comme aucune occupation du site n'est observée suite à sa désertion au XIVe siècle, éboulis et végétation retirés, Orgueil livre d'emblée ses secrets. Sous les yeux ébahis de ses explorateurs, Orgueil, l'énigmatique cité moyenâgeuse ressuscite. Au cours de ce voyage dans le temps, différentes constructions, objets du quotidien et pièces de monnaie révèlent les us et coutumes de ses habitants.

 

En haut du piton rocheux, veillant sur la quiétude du lieu, se situe le castrum (ses plus anciennes parties remonteraient au IXe siècle). Ceint d'une haute muraille, Il était constitué d'un château et de divers bâtiments. A l'extérieur de cette enceinte, un village ouvert, descend en terrasses jusqu'aux rives du Lot, ce sont les faubourgs de cette cité désignés comme " barri " par le texte des coutumes. Une zone d'expansion datant elle de la fin du XIIIe et moitié du XIVe siècle, semble se trouver à l'ouest du ruisseau qui par résurgence alimentait Orgueil. Murs dégagés, mobiliers et objets retrouvés témoigne en faveur d'un habitat résidentiel et artisanal (un quartier de potiers y a été découvert).

 

Orgueil semble être une cité plutôt riche. Parmi l'important mobilier métallique et céramique mis au jour, figurent, des pièces de monnaie dont des deniers en argent remontant au IXe ou Xe siècle, une salière d'étain et de plomb magnifiquement travaillée, des éperons, des serrures de porte, des outils de cordonniers, une scie... Dans ce qui semble être un quartier artisanal de potiers datant du XIVe siècle, mortiers, pots, couvercles, tasses en céramique sont découverts...

 

L'objet le plus exceptionnel retrouvé lors de ces fouilles étant un somptueux couteau de table dont on ne connaît pas d'exemple semblable. Il est composé d'une lame damasquinée d'un fin fil d'argent dessinant des entrelacs. Son manche en os représente une femme aux cheveux longs, portant longue robe, et calice dans sa main droite. L'exemplarité de cette pièce, en fit la pièce maîtresse de l'exposition sur " l'archéologie et la vie quotidienne aux XIIIe et XIVe siècles en Midi-Pyrénées ". Cette exposition fut organisée en 1990 par le musée des augustins de Toulouse.

Poterie
Deniers d'argent des IXe et Xe siècle
Tête sculptée sur une céramique vernissée

Les coutumes d'Orgueil

Retrouvé parmi les archives du département du Lot, ce manuscrit établit les droits et les devoirs des seigneurs et des villageois de la juridiction d'Orgueil dont dépendent l'église de Cabanac, de Mauroux, de Lacapelle et de Touzac. Il est en fait une traduction du XVIIIe siècle du document originel de 1271, rédigé en occitan.

 

Ces coutumes sont octroyées par " les nobles barons seigneurs d'Orgueil " qui sont au nombre de six : deux étaient membres de la famille Gourdon et quatre de la famille d'Orgueil, elle même issue de Gourdon, l'une des plus anciennes du Quercy.

 

A la lecture de ce document il apparaît que le bourg d'Orgueil devait être relativement important, puisque sa communauté villageoise était représentée par 6 de ses membres, réélus annuellement. Ces six consuls n'étant ni bourgeois, ni seigneur. Un juge, choisi par le seigneur, mais dépendant des consuls qui peuvent le révoquer, arbitre les différents litiges. Un valet de ville semble être le seul responsable de l'ordre dans la cité. On y note aussi la présence de plusieurs notaires chargés d'y établir les actes, tentant à prouver l'effervescente activité qui pouvait régner dans ce bourg.

 

Les 82 articles qui composent ces coutumes, dépeignent une communauté diversifiée, de seigneurs, de chevaliers, de bourgeois, de marchands, de paysans, de pêcheurs et d'artisans. Ses habitants paraissent bénéficier d' importants privilèges quant à leur liberté, leur sécurité, la protection de leurs biens et de leur corps et le développement de leur activité professionnelle. En cette moitié du XIIIe siècle ces avantages octroyés par les seigneurs, leur permettaient de rendre leur cité attractive. C'est ainsi que le nouvel habitant d'Orgueil était exempté de toute charge et avait le droit de choisir son propre seigneur ; ce texte affirme même qu'un habitant désireux de quitter la juridiction était protégé, lui et ses biens.

Habitation médiévale

Lieux de vie d'une cité médiévale

A l'époque les principaux lieux de vie populaires en dehors du château fortifié étaient l'église, le cimetière, le marché et le moulin. Hormis le moulin, à Orgueil, les quelques fouilles et sondages effectués n'ont pas permis de localiser clairement ces endroits incontournables de la vie médiévale.

 

Comme les églises n'étaient pas toujours situées dans le castrum, on suppose que c'est la chapelle de Cabanac qui accueillait les cérémonies liturgiques et autres distractions plus profanes des citoyens d'Orgueil. A cette époque, l'église en dehors de sa vocation cultuelle est aussi un lieu de rassemblement couvert abritant en son sein les assemblées, les fêtes et les veillées.

 

Si " le village des morts " (cimetière) n'a pas été découvert, le marché dont il est souvent question dans les coutumes d'Orgueil, aurait pu être établi sur le rebord du plateau maurouxois, à proximité de l'église de Cabanac, un endroit encore désigné aujourd'hui comme " mercadiel " ou " foirail ". Ceci est une hypothèse plausible puisque les marchés des castrum étaient souvent situés à l'extérieur de leurs murailles pour des raisons de sécurité.

Pièce d'habitation avec banquette
Eperon

Vie et mort d'un Castrum

Les origines de ce castrum restent floues. Il aurait pu être édifié entre le IX et le XII siècle. En l'état actuel des connaissances, il semblerait cependant probable que le castrum ait été plutôt établi au XIe siècle, étendant ses premiers faubourgs (hors de l'enceinte du château) au XIIe siècle. Et ce serait entre le XIIIe et le XIVe siècle que cette cité aurait pris toute sa puissance, agrandissant sa surface en nouveaux faubourgs.

 

La vie à Orgueil paraissait alors bien pérenne, rien ne présageait de l'imminence de sa chute irrévocable, si ce n'est une guerre, la fameuse guerre de cent ans, opposant les royaumes de France et d'Angleterre. Les seigneurs d'Orgueil, fervents défenseurs du Duc d'Aquitaine, roi d'Angleterre, menaient fréquemment pour son compte, divers actes de pillage et de banditisme dans la région. En 1348, l'un des seigneurs d'Orgueil participe à la mise à sac de la bastide royale de Montcabrier et à la prise du castrum de Puy-l'Evêque.

 

Quelques historiens locaux, dont M. Lartigaud, pensent que c'est à titre de représailles que le comte d'Armagnac passa alors un accord avec des routiers (mercenaires du moyen-âge), pour libérer une fois pour toute, cette cité de la présence anglaise.

 

Ce qui se fît tant et si bien, qu'à la fin du XIV e siècle la place d'Orgueil apparaît parmi la liste des " deserta destructura desemperata ", lieu déserté et abandonné, sur lequel la dîme n'était plus prélevée. Après la destruction violente de la cité, il semblerait que ses habitants quittèrent définitivement Orgueil, trouvant refuge dans les bourgs de Mauroux, de Cabanac et de Touzac.

La légende d'Orgueil

En ce temps là vivait en face de la cité d'Orgueil, sur la rive droite du fleuve, un vieux baron fortement enquiquiné par la présence de ces anglais qui venaient tuer à sa barbe presque tout le gibier. Alors il se jura, sur sa foi de preux chevalier que, dans quinze jours, ceux-là ne chasseraient plus sur la terre de France.

 

Disposant de peu d'hommes et peu confiant en l'intrépidité des gens du pays, le Baron, M. du Fossat, désirait s'introduire par ruse dans la place. Pour cela il se servit de son piqueur qui avait eu la bonne idée d'avoir élu pour dame de cœur, la femme d'un anglais d'Orgueil qui lui ouvrait la poterne du chemin de l'abîme, plus souvent qu'il ne l'aurait fallu pour la sûreté du fort.

 

La prise du château était prévue à minuit, le jour de Noël. Afin de faire diversion au moment périlleux de leur entrée dans les lieux, le vieux baron imagina différents subterfuges du plus bel effet, pour ne pas trouver trop de gens prêts à les bien recevoir !

 

Des chèvres embarquées sur des barges et auxquelles on avait pris soin de fixer aux cornes, des torches, allaient servir de joyeux feux follets illuminant le cours du Lot. Un spectacle qui ne manquerait pas d'attirer toute la garnison au haut du donjon ! Ce qui se fît.

 

Le Baron obtint d'autant plus facilement la reddition du fort qu'il prît soin de prendre en otage la femme du chef de garnison d'Orgueil, M. Pudding ! Retenue par le piqueur dans le souterrain aux poudres, qui se tenait soit disant prêt à allumer la mèche qui aurait pu faire partir en fumée l'intégralité du château.

 

Ce fut ainsi que le lendemain matin du jour de Noël 1450, grâce aux intrigues d'un piqueur et à un troupeau de chèvres, les bonnes gens des environs furent fort surpris de voir flotter la bannière du Fossat sur les murs d'Orgueil.

 

Chronique rapportée en 1920 lors d'une partie de chasse menée entre deux cadurciens. Cette histoire fut narrée par un hardi braconnier de Cahors, descendant du piqueur à qui le baron demanda aide en 1450 de faire bouter les anglais hors de la cité d'Orgueil.

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